L’échec du dialogue de Kabila et Edem Kodjo expliqué par Jean Baptiste Placca de RFI

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RFI Entretien avec l’éditorialiste de la RFI Jean Baptiste Placca.  23 Octobre 2016

Francois Maze: Bonjour Jean Baptiste Placa

Jean Baptiste Placa: Bonjour Francois Maze

Francois Maze: Nous parlons ce matin du dialogue politique national qui a accouché d’une petite rallonge en République Démocratique du Congo. Joseph Kabila compte demeurer au pouvoir au moins 16 mois après son dernier mandat qui prend fin le 19 Décembre 2016.  C’est ce que dit l’accord entre le pouvoir et une frange de l’opposition que d’aucuns ne cessent de qualifier d’insignifiante.  Que comprendre, que retenir d’un tel accord ?

Jean Baptiste Placa: Il reste un troublant quiproquo entre la perception qu’en ont d’une part les protagonistes et de l’autre ceux qui s’y opposent et rejettent avec véhémence cet accord. Les premiers tentent de se convaincre qu’ils ont résolu un problème insoluble qui se posait à la nation tandis que les seconds clament que ce dialogue laborieux a abouti aux résultats que subodoraient tous ceux pour qui les vraies motivations de la manœuvre étaient le maintien de Joseph Kabila au pouvoir au-delà de son dernier mandat. L’horizon d’avril 2018 choisi, -nul ne sait trop sur quelle base-, laisse la désagréable impression d’un tel vague sur lequel on voudrait entraîner les congolais avant de leur jeter sur la figure une ultime surprise qui pourrait être la révision constitutionnelle entérinant le maintien au pouvoir de Joseph Kabila at vitam aeternam.

Francois Maze: Jean Baptiste, ne peut-on pas lui faire confiance en espérant qu’il s’en ira bien en Avril 2018 ?

Jean Baptiste Placa: Et pourquoi donc Avril 2018, et pas Mars ou Décembre 2018 ? Ou même plus simplement Avril 2017 ? Un pouvoir qui veut inspirer confiance ne choisit ni n’impose des dates si lointaines pour essayer de rattraper ses propres erreurs. Hélas, lorsqu’un chef d’Etat au pouvoir éprouve le besoin de grignoter 15 mois de plus, il faut s’attendre à ce que cela ne lui suffise pas. Il savait en se faisant élire, puis réélire que la présidentielle suivante devrait se faire à une échéance précise, afin qu’il puisse le 19 Décembre suivant passer la main à son successeur. Au regard de la Constitution, le pouvoir est seul en faute ici. Et en Démocratie, une faute aussi grave dont on est soi-même le bénéficiaire s’apparente à ce qu’on appelle dans certains pays « la haute trahison ». Barack Obama, aux Etats-Unis n’auraient pas pu créer des conditions pour que les élections ne se tiennent pas en Novembre 2016, et convoquer après un dialogue national pour entériner tout cela dans le but évident de rester au pouvoir au-delà de Janvier 2017.  Il finirait au minimum devant un grand jury. François Hollande, en France, ne peut pas se permettre de différer pour quelques raisons que ce soit les élections prévues  en 2017.  Il s’exposerait à une condamnation pour haute trahison. Le premier ministre britannique pas plus que la chancelière allemande Angela Merkel ne s’autoriseraient ce genre de manquement intéressé.

Francois Maze: On pourrait vous objecter qu’il s’agit là des pays développés, des pays occidentaux. Mais est-ce que cela peut marcher pour l’Afrique ?

Jean Baptiste Placa: Le premier ministre de Sao Tome et Principe ou celui de Cape Vert n’oseraient pas cela non plus. Pareil pour le président du Botswana, de la Tanzanie. L’ex-président du Bénin Yayi Boyi en a été soupçonné mais ne l’a pas osé. Oui, il ne sert à rien de crier urbi et orbi que la RDC est une démocratie si quelques individus peuvent s’y cramponner au pouvoir et s’autoriser d’interminables prolongations sous couvert d’un dialogue avec une opposition réduite à sa plus simple expression. Il ne suffit pas pour ses promoteurs de dresser des colonnes d’apothéoses en l’honneur de ce dialogue pour en faire un grand moment de démocratie. Vital Kamerhe doit être bien mal dans sa peau d’unique rallié car certains le percevront forcément comme le fils prodigue du kabilisme qui revient au bercail pour décrocher un bon marché, un poste de premier ministre. Le fait qu’il a appartenu à la famille présidentielle dans un passé pas lointain affaiblit encore l’accord auquel il est parvenu avec le pouvoir. Il est une bien maigre prise comme opposant et la meilleure illustration de l’échec de ce dialogue boudé par les vrais opposants, par l’Eglise Catholique, par la société civile et qui n’est soutenu que par l’unique union africaine. Edem Kodjo, lui, devra attendre avril 2018 pour savoir si son honneur est sauf ou s’il s’est rendu complice d’une manœuvre dont le but était de contourner la Constitution pour perpétuer un régime pour le moins contesté et même rejeté par les congolais.

Transcription par Lecongolais.net

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