Forum des As: «RDC: l’ultime mission de paix»

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L’arrivée ce vendredi en RDC d’une délégation du conseil de sécurité de l’ONU est l’un des sujets qui suscitent les commentaires des journaux parus vendredi 11 novembre à Kinshasa.

Après le sommet de la CIRGL à Luanda, les bons offices de la CENCO, une délégation du Conseil de sécurité des Nations Unies arrive ce vendredi à Kinshasa pour la recherche d’un large consensus, gage d’une transition apaisée, rapporte Forum des As.

Pendant les quatre jours de mission en terre congolaise, la délégation du Conseil de sécurité tâchera de se renseigner sur la crise politique qui mine la RDC, précise le quotidien, ajoutant que sur l’agenda de cette équipe, figurent des entretiens avec le président Kabila, les acteurs politiques de l’opposition et de la Majorité ainsi que la société civile.

Le journal estime qu’il s’agit d’une ultime mission de paix après celle que mène actuellement la CENCO dans le souci de réunir un consensus plus large autour de l’accord politique.

Commentant cette actualité, Le Potentiel souligne que les discussions entre les membres du conseil de sécurité de l’ONU et la classe politique congolaise porteront essentiellement sur la Résolution 2277.

S’appuyant sur cette résolution onusienne, poursuit le quotidien, l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW) a recommandé à la délégation du Conseil de sécurité qui arrive ce vendredi 11 novembre en RDC «d’exhorter le président Kabila à se retirer à la fin de son mandat pour éviter une crise plus étendue», renseigne le journal.

Dans une lettre adressée mercredi dernier au Conseil de sécurité, l’ONG de défense des droits de l’homme a proposé aux membres du conseil de sécurité de demander au président Joseph Kabila, dans le cas où il ne quitterait pas ses fonctions dans le délai requis, de s’engager publiquement à se retirer à une date précise avant fin 2017, rapporte le tabloïd.

Apres Kinshasa, la délégation du Conseil de sécurité se rendra également à Beni en passant par Goma au (Nord-Kivu), nous apprend en outre le quotidien.

Au sujet de cette visite de la délégation onusienne à Beni, L’Avenir rapporte que le Centre d’études pour la promotion de la paix, la démocratie et les droits de l’Homme (CEPADHO)compte attirer l’attention des membres du Conseil de Sécurité de l’ONU sur les massacres des civils qui se poursuivent depuis deux ans à Beni.

L’ONG de défense des droits de l’homme attribue ces massacres aux « terroristes ougandais des ADF », souligne le quotidien.

Par ailleurs, relève le journal, il existerait selon le CEPADHO des similitudes entre l’explosion ayant ciblé les casques bleus mardi dernier à Goma et le mode opératoire des ADF depuis 2014 à Beni.

L’ONG espère donc que cette visite aidera les Nations-Unies à constater la nécessité de passer d’une à plusieurs Brigades d’Intervention de la MONUSCO dans la région, en vue d’éradiquer immédiatement et définitivement le terrorisme émergeant au Nord-Kivu, rapporte le tabloïd.

Les journaux parus ce vendredi à Kinshasa reviennent également sur le débat autour de la date butoir de la formation du gouvernement de transition.

Sur ce point, Le Phare constate que le délai de 21 jours que les participants aux travaux du dialogue avaient consigné pour la mise en place du « gouvernement d’union nationale » a largement expiré.

Logiquement, poursuit le quotidien, après le feu vert des chefs d’Etat et de gouvernement à ce deal politique lors de leur réunion du 26 octobre 2016 à Luanda, plus rien ne devait arrêter leur « train », pense le quotidien.

Mais, fait observer le confrère, cette locomotive de la « période intérimaire » continue de faire du sur place à sa gare de départ.

Peut-être, tente-t-il de répondre, le chef de l’Etat attend les conclusions de la médiation des évêques catholiques qu’il avait personnelle chargés d’une mission des bons offices auprès du Rassemblement de l’opposition.

La Prospérité de son côté s’interroge sur l’identité du futur Premier ministre à trois jours de l’expiration officielle du délai des 21 jours, soit le lundi 14 novembre prochain.

Il est établi que l’opposition coiffera la tête de ce gouvernement. Mais, note le quotidien, les modalités de désignation du Premier ministre de transition n’ont pas été définies lors des travaux du dialogue.
Le journal craint que le Président de la République soit le seul à avoir le dernier mot sur ce dossier pourtant dévolu à l’opposition.

Radio Okapi

Message de la 53ème Assemblée Plénière des Evêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO)

“Le Veilleur avertit son peuple » (Cf. Ezéchiel 3,16)

APPEL A LA RESPONSABILITE DES ACTEURS POLITIQUES POUR LA SAUVEGARDE DE LA NATION

Préambule

1. Réunis en Assemblée Plénière ordinaire à Kinshasa, du 20 au 24 juin 2016, Nous, Cardinal, Archevêques et Evêques membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), avons saisi cette occasion pour réfléchir sur la situation critique que traverse notre pays, suite au blocage du processus électoral. Cette situation inquiétante qui risque de plonger le pays dans le chaos, interpelle tous les congolais et congolaises, et engage en premier lieu,  la responsabilité des acteurs politiques. Solidaires du destin de notre peuple et préoccupés par la tournure des événements, nous avons, dans la prière, tourné nos regards vers le Seigneur, Maître des temps et de l’histoire, pour lui confier notre pays. Mus par cette foi en Dieu, nous  adressons cette exhortation à tous les fils et filles de la RD Congo pour un sursaut patriotique en vue de sauver la Nation en danger !

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2 Nous rendons grâce au Seigneur pour tous les pas déjà franchis par notre pays dans le processus de la démocratisation qui doit se consolider et se poursuivre. En tant que pasteurs, notre rôle n’est pas de promouvoir une quelconque idéologie ni de parrainer politiquement des individus ou des groupes pour l’accès ou le maintien au pouvoir. Notre rôle est d’accompagner les acteurs politiques, de toutes tendances, à s’acquitter consciencieusement de leur mission d’être au service du bien commun.

3. Nous remercions tous ceux qui ont pris l’initiative de nous partager leurs préoccupations et leurs attentes, ainsi que ceux qui ont répondu à notre invitation pour échanger sur la crise que traverse notre pays. Cela témoigne du capital de confiance placé en l’Eglise catholique,  et en même temps nous interpelle comme pasteurs.

Visage de la crise

4. La crise actuelle ne résulte-t-elle pas du blocage du processus électoral ?  En effet, alors que les échéances électorales prévues par la Constitution sont imminentes, on constate un retard accablant dans  l’organisation des scrutins. Le peuple congolais s’interroge : ce retard serait-il dû à un déficit de bonne gouvernance, à un cas de force majeure, ou à un manque de volonté politique délibéré ? Le dialogue, voie royale en démocratie pour résoudre les problèmes, semble lui aussi être dans l’impasse.  Depuis son annonce par le Président de la République et la nomination du facilitateur, les acteurs politiques congolais peinent à s’accorder pour baliser de manière consensuelle le chemin d’un processus électoral crédible et apaisé.

5. En outre, la réduction sensible de l’espace démocratique, la multiplication inquiétante de violations des droits humains, les massacres ignobles et l’insécurité croissante dans la région Est du pays, la dépréciation de la monnaie nationale face aux devises étrangères, le dédoublement des partis politiques, ne sont pas de nature à apaiser les esprits. En même temps, la souffrance de la population ne fait qu’empirer. Le peuple se voit sacrifié sur l’autel des intérêts des politiciens.

Pistes de solutions

6. Que devons-nous faire pour sortir de la crise actuelle ?  En tant que pasteurs d’âmes, nous n’avons pas la prétention d’apporter une solution technique et politique au problème. Cependant, réconfortés dans notre ministère pastoral à être des veilleurs, « des hommes d’espérance pour notre peuple » et à apporter notre contribution pour l’avenir heureux de notre nation, nous voulons rappeler à notre Peuple et à nos Gouvernants des exigences fondamentalesqui doivent être honorées, afin de parvenir à une sortie de crise susceptible de relancer le processus électoral dans un climat apaisé.

1° Respecter la Constitution

7. Il nous faut impérativement revenir au respect de la Constitution, socle de notre Nation qui, dans ses articles verrouillés, a coulé les options fondamentales concernant notamment le nombre et la durée des mandats du Président de la République. Tirant les leçons des expériences politiques malheureuses de la Première et de la Deuxième République, ces options fondamentales  préservent la cohésion nationale et donnent à notre pays toutes les chances de se construire sur des bases solides. Elles s’imposent à tous. Aussi, appelons-nous nos dirigeants au sens de la responsabilité républicaine et patriotique en vue d’accepter l’alternance au pouvoir comme fondement d’une vie démocratique. Vouloir agir autrement,  c’est non seulement aggraver la crise actuelle mais plus encore  marcher contre la volonté du Peuple, souverain primaire qui a fait son choix : ce serait donc une haute trahison à la Nation (Cf. Art. 220).

2° Aller au dialogue

8. A l’heure actuelle, le dialogue politique des forces vives de la Nation dans le respect des fondamentaux de la Constitution, choix du Peuple, s’avère la voie incontournable pour éviter le chaos. Aussi, exhortons-nous les acteurs politiques à mettre fin aux manœuvres dilatoires et à se mettre autour d’une table avec le Facilitateur nommé pour se parler en face, en vue de dégager un consensus pour l’organisation des élections libres, démocratiques et transparentes dans le respect de la Constitution. La responsabilité des acteurs politiques de toutes tendances est engagée. Ils en répondront devant l’histoire, si, à cause de leurs intérêts partisans, ils sacrifient la paix de la Nation.

3° Répondre au cri de détresse du Peuple

9. La crise qui déchire les politiciens a des répercussions néfastes sur le vécu quotidien des citoyens congolais. La situation socio-économique et sécuritaire des populations se dégrade et personne ne semble considérer sa détresse comme une priorité. Les besoins sociaux de base, notamment la santé, l’éducation, l’eau, l’électricité ne sont  pas assurés convenablement. Les salaires, déjà modiques, ne sont plus réguliers. Pendant que des conflits sociaux agitent la fonction publique,  le budget national est revu à la baisse. Le Peuple lance un cri de détresse à ses Gouvernants. Nous n’ignorons pas les répercussions, pour notre pays, de la crise actuelle due à la chute des cours de matières premières. Mais la crise actuelle ne pourra être résolue si l’on reste sourd au cri de détresse du Peuple.

4° Garantir le respect des droits humains

10. La situation actuelle est exacerbée par la montée des violations des libertés et le mépris des droits humains les plus élémentaires, lesarrestations arbitraires et les jugements hâtifs ainsi que la réduction de l’espace médiatique. De telles pratiques compromettent la démocratisation effective de notre pays. Il est temps de promouvoir les valeurs démocratiques dans la gestion de l’Etat et de restaurer un Etat de droit en République Démocratique du Congo. C’est une exigence de la paix sociale et de la confiance mutuelle indispensables pour un dialogue sincère.

11. En rappelant ces exigences, nous sommes convaincus que notre avenir commun n’est pas voué à la fatalité de la violence ni de l’affrontement meurtrier. L’espérance chrétienne est un antidote à toute fatalité. Elle nous apprend que Dieu est à l’œuvre dans notre monde meurtri. Elle nous apprend aussi que dans ce monde, des hommes et des femmes de bonne volonté sont à l’œuvre pour entreprendre des actions convergentes de justice et de paix. Nous lançons un appel pressant à l’endroit des acteurs politiques congolais ainsi que de ceux de la société civile, à se mettre du côté de ces hommes et femmes de bonne volonté pour privilégier l’intérêt supérieur de la Nation et s’engager résolument à trouver une issue heureuse à la crise actuelle.

Recommandations

12. Forts de cet appel, nous recommandons :

·         Au Gouvernement de la République

–          de garantir le respect de l’éthique et des règles démocratiques dans la gestion de l’Etat ;

–          d’assurer aux parties prenantes au processus électoral un environnement  serein et harmonieux ;

–          de redoubler d’efforts dans la mobilisation des ressources matérielles et financières afin de garantir la tenue, dans les délais constitutionnels des élections ;

–          de mettre fin à toute répression et actes d’intimidation contre ceux qui expriment une opinion contraire ou différente.

 

·         Aux acteurs politiques congolais

–          de cesser de se servir du peuple pour l’inciter à la haine et à la violence, au tribalisme et au rejet des compatriotes considérés comme non originaires ;

–          de débattre publiquement et sérieusement des priorités et des valeurs sur lesquelles ils entendent bâtir l’avenir de notre pays ;

–          de dépersonnaliser le débat sur la Constitution et de rechercher de manière consensuelle le chemin d’un processus électoral crédible et apaisé ;

–          de refuser les positions extrémistes dans leur discours comme dans leur comportement et de faire des concessions nécessaires en vue de donner une chance à un dialogue national sincère et prometteur d’un avenir meilleur pour tout le peuple.

·         A la CENI

–          d’entreprendre sans délai la préparation des prochains scrutins en privilégiant les opérations techniquement et financièrement les  plus appropriées pour que nous puissions respecter les normes de la Constitution ;

–          de jouer en toute indépendance son rôle d’Institution d’accompagnement de la démocratie en évitant d’être à la solde d’une quelconque tendance politique.

·         A la Communauté Internationale

–          d’intensifier ses engagements en appuyant avec des moyens financiers et logistiques conséquents le processus électoral en cours en République Démocratique du Congo ;

–          d’appuyer davantage le Facilitateur nommé par l’Union africaine et d’autres initiatives susceptibles de favoriser dans un bref délai la tenue du dialogue entre congolais ;

–          d’accompagner les organisations de la Société civile dans leur combat pour le respect des droits humains et dans la formation civique des populations.

·         A la jeunesse

–          de ne pas se laisser instrumentaliser, ni manipuler par les acteurs politiques de quelque tendance que se soit ;

–          de refuser toute forme de violence.

·         Au peuple Congolais

–          de se mettre debout et de faire preuve de vigilance et de maturité pour s’opposer par tous les moyens légaux et pacifiques à toute tentative de mettre à mal l’alternance au pouvoir ;

–          de participer activement à la campagne d’éducation civique et électorale.

Conclusion

13. Pour notre part, nous organiserons des moments de prière pour un processus électoral apaisé dans tous les diocèses de notre pays et veillerons à sauvegarder la liberté et la neutralité de l’Eglise contre toute forme de récupération. En outre, fidèles à notre mission, nous entendons prendre des initiatives pour susciter une plus grande conscience citoyenne afin d’obtenir, dans le respect de la Constitution, un consensus politique pour des élections libres et démocratiques en République Démocratique du Congo.

14. A ce sujet, nous avons lancé la campagne d’Education Civique et Electorale qui consiste à susciter la réflexion des citoyennes et citoyens sur leur engagement actif, non-violent, responsable et généreux, pour améliorer la situation du pays et le développer. Cette campagne devra contribuer à former la conscience du peuple pour qu’il contribue à édifier un Etat de droit et qu’il s’implique dans le processus politique en cours avec une conscience chrétienne bien avisée.

15. Au regard du dialogue qui tarde à se concrétiser,  nous proposons notre sollicitude pastorale, en appui au facilitateur nommé, pour favoriser le rapprochement entre acteurs politiques congolais et obtenir ainsi la tenue de ce dialogue attendu.

16. Nous confions la réussite du processus électoral et l’avenir de notre pays à l’intercession de la Vierge Marie, Mère de Dieu, Reine de la paix. Nous prions pour que Dieu prenne en grâce notre peuple et bénisse notre beau pays !

Fait à Kinshasa, le 24 juin 2016

En la Solennité de la Nativité de Saint Jean-Baptiste

Marche du 16 février : les évêques cèdent aux pressions

dessin le potentiel cenco annule sa marche

Quels types de pressions ont eu raison de la détermination des évêques au point de « surseoir » à la marche des chrétiens programmée le 16 février 2016 ? Pour les uns, les princes de l’Eglise se réservent d’offrir à l’Opposition une opportunité de tirer des dividendes politiques ; pour d’autres les évêques se sont pliés aux menaces du président Kabila et sa majorité ; mais pour les évêques, il s’agit simplement d’éviter toute récupération politicienne, sur recommandation du Vatican, poussé par le nonce apostolique. La marche pour lancer l’année jubilaire ne sera plus une affaire de la Conférence épiscopale nationale du Congo.

Le Potentiel

Les évêques ne tiennent pas à offrir sur un plateau d’argent, la récupération politicienne de leur initiative d’une marche le 16 février 2016. Ils ont décidé de ne plus mettre les chrétiens dans la rue. La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) s’est pliée, sous la pression du Vatican, à l’exigence de se concentrer exclusivement à la prière. Mais, il n’est pas exclu qu’il s’agisse d’un marchandage qui aurait abouti à cette mesure contre le respect des prescrits de la Constitution par le président Kabila. L’omerta imposée sur le tête-à-tête qu’ils avaient eu avec le chef de l’Etat lors des consultations qu’ils avaient initiées est révélatrice. Ce rétropédalage n’est pas gratuit. La Cenco vient donc de commuer la marche de lancement de l’année jubilaire de la commémoration du massacre des chrétiens en 1992 qui exigeaient la réouverture de la Conférence nationale souveraine fermée par le dictateur Mobutu, à des prières œcuméniques.

L’approche de la fin du deuxième et dernier mandat du président Joseph Kabila conformément à la Constitution du 18 février 2006 ainsi que les velléités voire des tentatives de modification de la loi fondamentale avaient donné lieu à l’évocation de l’article 64 par les évêques pour faire échec à tout projet qui irait dans ce sens. Aussitôt, cet appel citoyen a provoqué une levée de boucliers du côté des animateurs des institutions et de la Majorité présidentielle.

Les pressions de la MP

A la MP, les évêques étaient traités de tous les noms d’oiseaux. En des termes durs, les communicants de la MP et des officiels ont invité la Cenco à se consacrer exclusivement à la prière et de laisser les laïcs faire la politique. Certains sont allés loin dans les allusions indiquant que les évêques avaient été payés pour lancer cet appel. Le porte-parole du gouvernement Lambert Mende, lui avait « redouté une collusion » avec l’Opposition et des puissances étrangères. L’appel citoyen était considéré comme un soutien à l’Opposition. Comme pour démontrer qu’en haut lieu cette prise de position de la Cenco était mal prise, le procureur général de la République est sorti de sa réserve, mettant en garde quiconque, quelle que soit sa qualité, inviterait la population à descendre dans la rue, sur pied de la première partie de l’article 64 de la Constitution du 18 février 2016. Sans se faire prier, la Cenco a réagi vigoureusement estimant que ses membres ne pouvaient être considérés comme des agitateurs mais des Pasteurs qui ont à cœur le pays et le bon fonctionnement de la Constitution congolaise. Et à l’article 64, la loi fondamentale dispose : « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe de personnes qui exercerait le pouvoir par la force ou qui l’exercerait en violation des dispositions de la Constitution ». Dans un élan de bras de fer, la Cenco a écrit : « L’interprétation qui est donnée de l’article 64 met le citoyen face à ses responsabilités», ajoutant qu’aucun évêque ne nourrissait l’intention de renverser le régime en place. Tout ce que les évêques demandent est le respect de la Constitution et des délais constitutionnels prévus par la Constitution. Cette position est réitérée dans le communiqué de Mgr Nicolas Djomo à l’issue des consultations conduites auprès des acteurs politiques pour un processus électoral apaisé.

Quand le Vatican s’en mêle

Selon un évêque, la pression du Vatican se serait ajoutée à celle de la Majorité, à côté des messages de soutien de l’Opposition qui a donné l’illusion d’une synergie. Samedi, le Front citoyen 2016, rassemblement antikabiliste nouvellement mis en place à l’île de Gorée (Sénégal), a annoncé qu’il comptait participer “activement” à l’appel de la Cenco à marcher le 16 février. Une preuve supplémentaire de cette récupération alors que la Majorité a programmé une contremarche dénommée « Marche pour la paix » le même jour. Pour une autre source bien introduite au Centre interdiocésain, le nonce apostolique en place à Kinshasa aurait joué un rôle déterminant dans la position du Vatican. Il aurait, en effet, considéré que « la récupération politicienne » de la marche du 16 février 2016 était évidente. « Cette initiative a suscité des attentes contrastées et démesurées chez nos compatriotes”, écrit le président de la Cenco, Mgr Nicolas Djomo dans une lettre adressée à tous les évêques du pays.
“Les uns y ont vu une action citoyenne aux fins politiques, d’autres ont envisagé une contremarche à la même date” et “le Saint-Siège nous a fermement recommandé de suspendre les initiatives qui peuvent être manipulées pour des fins politiques”, lit-on dans cette lettre datée du 5 janvier, dont l’AFP a obtenu une copie. Une source confirme l’existence de cette correspondance, ajoutant que le « Vatican n’avait pas laissé d’autres choix aux évêques que de se plier », affirmant que « l’émissaire des institutions dépêché à Rome avait frappé aux bonnes portes et avaient tenu un discours corroboré par le rapport de la nonciature apostolique ». L’AFP, qui cite la correspondance de Mgr Djomo écrit : « Conscient du risque de récupération de notre initiative et d’affrontements éventuels entre les manifestants, il nous a semblé judicieux de surseoir à cette marche », ajoute Mgr Djomo, qui appelle ses pairs à transmettre cette information dans leurs diocèses respectifs. Mais une question demeure, qu’en est-il de la sensibilisation qui avait déjà commencé dans certaines paroisses ? Va-t-elle s’arrêter subitement ?

Un compromis ?

Est-ce que les évêques ont plié sans obtenir des garanties que leurs exigences, notamment en matière de respect de la Constitution seront respectées ? Pour une source diplomatique « le président Kabila et les évêques ont trouvé un compromis lors de leur dernier entretien ». D’ailleurs, ce tête-à-tête s’est déroulé loin des caméras. Personne n’avait confirmé sa tenue jusqu’au communiqué de Mgr Djomo. A la Cenco « motus et bouche cousue » est de rigueur, mais dans les couloirs, il se dit que le respect de la Constitution après le dialogue et une brève transition est « un compromis acceptable qui fait aussi l’économie de sang ». Reste que pour certains évêques qui n’ont pas bien digéré cette volte-face, « ne font pas confiance » à la parole qui leur avait été donnée à GLM. En cédant aux pressions combinées du Vatican et de la Majorité présidentielle, les évêques mettent les Opposants face à leur responsabilité de s’assumer en cas d’éventuelle organisation des manifestations plutôt que de se greffer sur une initiative de l’Eglise. Il appartient au président Joseph Kabila et à sa Majorité de démontrer que « l’intérêt supérieur du pays passe avant le leur ».

http://lepotentielonline.com/index.php?option=com_content&view=article&id=13872:marche-du-16-fevrier-les-eveques-cedent-aux-pressions&catid=85:a-la-une&Itemid=472

 

Homélie de Mgr Sikuli : les précisions de la Cenco Monsieur le Directeur

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Une lettre addressée au directeur du journal “Le Phare”:

En date du 7 janvier 2016, votre journal « Le Phare », N° 5238, a publié à la page 2 un article intitulé: Mgr SIKULI : « Tous, nous disons non au dialogue », s’inspirant de l’homélie de Son Excellence Mgr Melchisédech SIKULI, Evêque de Butembo-Beni, membre de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO).

Dans un entretien téléphonique, ce jeudi 7 janvier 2016, Mgr Melchisédech a laissé entendre que les paroles rapportées par le quotidien « Le Phare », le 7 janvier 2016, ont été tronquées de leur contexte et ne traduisent pas fidèlement sa pensée.

Qu’a-t-il voulu dire et dans quel contexte? Partageant pleinement le point de vue de la CENCO sur le dialogue national, point de vue repris dans le communiqué de la CENCO du 12 novembre 2015, le Prélat ne s’en démarque pas. Bien au contraire, abondant dans le même sens que la CENCO, il réitère les conditions de ce dialogue, notamment le respect de la Constitution et des Institutions de la République, le respect des échéances électorales constitutionnelles. Aussi n’est-il pas favorable à un dialogue qui serait le lieu de remise en cause des acquis de la Constitution. Par ailleurs, il attire l’attention de l’opinion publique sur l’insécurité grandissante qui perdure dans son diocèse.

Le Secrétariat Général de la CENCO regrette que le message de Mgr Melchisédech SIKULI ait été amputé de son contexte et ‘dément l’hypothèse que ce Pasteur se serait dissocié de la position officielle de l’Eglise catholique sur le dialogue. C’est pourquoi, il vous prie, Monsieur le Directeur, de rectifier l’information publiée dans votre Journal paru ce jeudi 7 janvier 2016 à la page 2, portant le titre : Mgr SIKULI : « Tous, nous disons non au dialogue ».

Vous remerciant de votre attention, je vous prie, Monsieur le Directeur, d’agréer l’expression de mes sentiments dévoués en Notre Seigneur.

Abbé Donatien NSHOLE

1er Secrétaire Général Adjoint de CENCO

Dialogue: la Cenco en appelle à un sursaut patriotique

“La Cenco a créé un comité de suivi, qui a pour tâche de maintenir le contact avec tous les protagonistes, susciter et consolider la confiance mutuelle et encourager les initiatives visant la relance du processus électoral” Radio Okapi, 06.01.2016

Que peut vraiment la CENCO ?

En 2011 et 2012, la CENCO dénonçait les fraudes massives et les irrégularités qui avaient caractérisé les élections présidentielles et législatives. L’Eglise catholique organisa des actions de protestation qui furent réprimées violemment par le régime actuel. La même CENCO mit en garde les dirigeants politiques actuels qui tenaient à gouverner « par défi » et donnaient l’impression que le pouvoir n’émane pas du peuple, mais des arrangements politiques. Depuis 2012, la CENCO a multiplié les exhortations et mises en garde auxquelles le pouvoir en place répond par des menaces et des dénigrements. La voix de l’Eglise catholique a été récemment marginalisée lorsqu’il fallait reconstituer le leadership du bureau de la CENI. Ce qui était un signe clair que la majorité au pouvoir instrumentalisait les autres membres de la composante « confessions religieuses » pour faire triompher la candidature de l’actuel président de la CENI. Dans son action politique de ses dernières années, l’Eglise catholique et la CENCO semblent donc avoir subi revers sur revers. Il ne serait pas outré de dire que l’action de sensibilisation politique de la CENCO et de l’Eglise catholique n’a récolté que des résultats mitigés, ces dernières années.

L’actualité politique de ces jours nous montre la CENCO en train de tenter un rôle de médiation entre les acteurs politiques et même les institutions politiques (CENI, Parlement).

Cependant il y a lieu de se demander si la CENCO prend la juste mesure des enjeux en présence et de la détermination du pouvoir en place de se maintenir aux affaires par tous les moyens. On peut aussi s’interroger sur les stratégies de la CENCO et de l’Eglise catholique pour résister et mobiliser sa base contre les abus de pouvoir notamment la volonté du régime actuel de ne pas organiser les élections dans le délai constitutionnel. Les stratégies de résistance de ces 4 dernières années ayant lamentablement échoué, trouvera-t-elle d’autres modes d’actions susceptibles d’être plus efficaces ?

Mazembo Mavungu Eddy, PhD | mazemb_eddy@yahoo.fr | @mazembo

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Revue de Presse du Mercredi 06 décembre 2015

Les conseils de Franck Diongo  au président Joseph Kabila pour une année 2016, le soutien de l’église catholique et des églises de réveil au dialogue politique et inclusif sont au menu des journaux parus mercredi 6 décembre à Kinshasa.

Le Potentiel  reprend à sa Une l’appel à un sursaut patriotique des évêques catholiques, précisant que cet appel a été lancé à la suite des contacts menés auprès des acteurs politiques et ceux de la société civile. ​
Sous la signature de son président, Mgr Nicolas Djomo, évêque de Tshiumbe, la CENCO prend position quant à la tenue du dialogue politique national voulu inclusif par le chef de l’Etat, son initiateur. «C’est pourquoi, je saisis cette occasion pour réitérer aux uns et aux autres l’appel pressant de la CENCO à un sursaut patriotique, afin qu’ils puissent prendre leurs responsabilités devant  l’histoire en vue d’un dialogue répondant aux aspirations de tous pour l’intérêt supérieur du pays», ​écrit Mgr Nicolas Djomo.

Pour La Prospérité, les prélats catholiques réitèrent leur appel à un dialogue répondant aux aspirations de tous pour l’intérêt supérieur du pays.
Un comité de suivi, composé de six archevêques métropolitains, du président et vice-président de la Cenco, a été mis en place. Ce Comité de suivi aura pour tâche de maintenir le contact avec tous les protagonistes, susciter et consolider la confiance mutuelle et encourager les initiatives visant la relance du processus électoral, annonce le journal. Il y a, donc, une évolution dans le discours des évêques, constate le quotidien.
Forum des As, qui exploite aussi cette information, précise que  les princes d’église lancent un ” appel pressant à un sursaut patriotique afin qu’ils puissent prendre leur responsabilité devant l’histoire. Les élections tant souhaitées ne peuvent se tenir que dans un climat apaisé, fait remarquer le tabloïd qui suppose que faute de dialogue, la RDC court le risque d’une implosion ou d’une explosion.

Pour sa part, Le Phare consacre sa Une aux conseils que le député de l’opposition Franck Diongo donne au président de la RDC.  Pour Le quotidien kinois, 2016 est perçu comme l’année de tous les dangers en République démocratique du Congo. Tous les observateurs s’accordent sur le fait que le président Joseph Kabila est l’homme qui pourrait faire une entrée remarquée dans les annales de l’histoire nationale, si la fin de son deuxième mandat se passe de manière apaisée, civilisée et transparente, estime Le Phare.
Le président du MLP, Franck Diongo, conseille au président de la République de suivre l’exemple de ses homologues africains comme le Béninois, Boni Yayi, qui a fait savoir à son peuple, avant même le début de son deuxième mandat, qu’il ne briguerait pas un troisième, rapporte le journal.
Pour cet acteur de l’opposition, Joseph Kabila détient à ce sujet la clé de l’apaisement de la communauté nationale, en offrant à ses compatriotes en 2016 comme «cadeau spécial» l’opportunité de vivre, pour la première fois de leur histoire, une passation civilisée des pouvoirs au sommet de l’Etat, conclut le journal qui publie l’intégralité du message.

Source: Radio Okapi

http://www.radiookapi.net/2016/01/06/actualite/revue-de-presse/le-potentiel-dialogue-la-cenco-en-appelle-un-sursaut